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Acheter ou louer sa résidence principale : le calcul 2026

14 juin 2026 · 8 min

Sur un achat type à 280 000 € financé à 3,45 % sur 25 ans, l'achat dépasse la location à partir de la 9e année de détention. En dessous de 5 ans, la location gagne presque toujours. Le verdict se calcule en euros, pas en convictions.

Vous restez moins de 5 ans dans le logement : louez. Vous restez plus de 10 ans : achetez. Entre les deux, tout se joue sur un calcul de patrimoine net que nous détaillons ici, avec un cas concret à 280 000 € et le point d’équilibre exact entre les deux stratégies.

La plupart des comparatifs en ligne concluent par « tout dépend de votre situation » avant de vous renvoyer vers un conseiller. Nous prenons le parti inverse : poser les chiffres, montrer le calcul et vous laisser trancher. Commençons par la variable qui pèse plus que toutes les autres.

La durée de détention décide à elle seule de 80 % du verdict

Un achat immobilier démarre avec un handicap : les frais d’acquisition. Comptez environ 7,5 % du prix dans l’ancien (droits de mutation, émoluments du notaire, garantie) et 2,5 % dans le neuf. Ajoutez 5 à 7 % de frais d’agence à la revente. Autrement dit, un acheteur part avec 12 à 14 % de retard sur un locataire qui aurait placé son apport.

Ce retard se comble année après année grâce à deux moteurs : le remboursement du capital et l’appréciation du bien. Le moment où l’acheteur repasse devant le locataire s’appelle le point d’équilibre, ou break-even. En 2026, avec des taux de crédit autour de 3,47 % sur 20 ans et 3,53 % sur 25 ans selon l’observatoire Pretto de juin, ce point se situe le plus souvent entre 6 et 9 ans de détention.

Notre conseil est sans ambiguïté : si votre horizon est inférieur à 5 ans, le calcul est presque toujours perdant pour l’achat, quel que soit le bien. La question ne mérite un vrai calcul qu’entre 5 et 15 ans de détention. Au-delà, l’achat l’emporte dans la quasi-totalité des configurations.

Le bon calcul compare deux patrimoines, pas deux loyers

Le comparatif que vous croiserez partout additionne les loyers cumulés d’un côté et les mensualités cumulées de l’autre. Sur 20 ans, 384 000 € de loyers contre 816 000 € de mensualités pour un bien parisien : la location semble écraser l’achat. Ce raisonnement est faux.

Comparer des loyers cumulés à des mensualités cumulées revient à ignorer que l'acheteur détient un actif à la fin. Une mensualité de crédit n'est pas une dépense : c'est pour partie de l'épargne forcée qui construit du capital.

La méthode correcte compare deux situations patrimoniales à la même date, avec le même apport de départ. Côté acheteur : valeur du bien réévaluée, moins le capital restant dû, moins les frais de revente. Côté locataire : apport placé sur un support financier, plus la différence de trésorerie mensuelle entre les deux modes de vie, elle aussi capitalisée. C’est ce patrimoine net comparé année par année qui donne le vrai verdict, et c’est exactement ce que calcule notre simulateur.

À noter que la rigueur impose une condition : le loyer retenu doit correspondre à un bien strictement équivalent à l’achat envisagé, même surface, même quartier, même standing. Sous-estimer le loyer de 100 € fausse l’arbitrage de plusieurs années.

Cas chiffré : un achat à 280 000 € face à un loyer de 1 000 €

Prenons un cas représentatif du marché 2026 : un appartement ancien à 280 000 €, un loyer équivalent de 1 000 € hors charges, un ménage disposant de 50 000 € d’apport. Voici le détail du financement et des hypothèses :

  • Frais d’acquisition dans l’ancien : 280 000 × 7,5 % = 21 000 €
  • Capital emprunté : 280 000 + 21 000 − 50 000 = 251 000 € sur 25 ans à 3,45 %
  • Mensualité hors assurance : environ 1 250 €
  • Surcoût annuel propriétaire (taxe foncière, copropriété non récupérable, entretien) : environ 2 150 € de plus que le locataire
  • Hypothèses macro : appréciation du bien 1,5 %/an, hausse des loyers 2 %/an (IRL), placement de l’apport à 4 % net

Côté acheteur, le calcul à 10 ans se déroule ainsi : le bien vaut 280 000 × (1,015)^10, soit environ 324 900 €. On retire 6 % de frais de revente, soit 19 500 €, puis le capital restant dû, environ 175 400 € après 120 mensualités. Patrimoine acheteur : 324 900 − 19 500 − 175 400 = 130 000 €. Côté locataire, les 50 000 € placés à 4 % deviennent 74 000 € et les économies mensuelles capitalisées ajoutent environ 49 200 €, soit 123 250 €.

AnnéePatrimoine acheteurPatrimoine locataireAvantage
1≈ 22 600 €≈ 57 100 €Location
5≈ 67 100 €≈ 86 100 €Location
9≈ 116 700 €≈ 115 700 €Achat (croisement)
10130 020 €123 252 €Achat (+ 6 768 €)

Le break-even tombe à l'année 9 : c'est la première année où le patrimoine de l'acheteur dépasse celui du locataire. Pour une détention de 10 ans ou plus, l'achat l'emporte de 6 768 € dans ce scénario. Pour 7 ans ou moins, la location reste devant.

Regardez la première ligne du tableau : après un an, l’acheteur ne « pèse » plus que 22 600 € alors qu’il a engagé 50 000 € d’apport. Les frais d’acquisition et les frais de revente théoriques ont absorbé plus de la moitié de sa mise. C’est précisément ce trou de départ que les 8 années suivantes servent à combler.

Trois variables peuvent renverser ce verdict

Le résultat ci-dessus n’a rien d’universel : il tient à trois paramètres que nous vous conseillons de tester systématiquement avant de signer.

L’appréciation du prix d’abord. Notre cas retient 1,5 % par an, la moyenne longue de l’indice Notaires-INSEE. Dans une zone détendue où les prix stagnent, passez l’hypothèse à 0 % : le break-even recule au-delà de 12 ans et la location gagne sur la décennie. À l’inverse, une métropole à 2,5 % d’appréciation ramène le croisement vers l’année 6.

Le rendement du placement alternatif ensuite. À 4 % net, le locataire reste compétitif. Un épargnant discipliné investi en ETF actions à 6 % net repousse le break-even de 2 à 3 ans. Un apport laissé sur un Livret A à 2,4 % le rapproche d’autant. Le calcul ne vaut que si le locataire place réellement la différence chaque mois : un locataire qui consomme son écart de trésorerie de 430 € mensuels perd sur tous les tableaux.

La mobilité enfin : c’est le risque numéro un. Une mutation imprévue à 3 ans force une revente avec des frais d’acquisition non amortis. Si votre secteur professionnel implique des changements de région réguliers, la location reste le choix judicieux même quand le calcul patrimonial penche pour l’achat sur le papier.

Faites toujours une simulation pessimiste avec appréciation à 0 % et placement à 5 %. Si l'achat reste gagnant dans ce scénario défavorable, votre décision est robuste. S'il bascule, c'est que votre arbitrage repose sur des hypothèses de marché, pas sur votre situation.

Ce que 2026 change concrètement dans l’arbitrage

Trois éléments récents pèsent en faveur de l’achat cette année. Les taux d’abord : après le pic de 2023 au-dessus de 4 %, ils se sont stabilisés autour de 3,4 à 3,5 % sur 20 ans en juin 2026, avec des offres agressives pour les bons dossiers. Les prix ensuite : les logements anciens progressent de 1,5 % sur un an au 1er trimestre 2026 selon les Notaires de France, ce qui redonne un moteur patrimonial à l’achat après deux années de correction.

Le PTZ enfin. Depuis le décret n° 2025-299 du 29 mars 2025, le prêt à taux zéro est étendu à l’ensemble du territoire, sans critère de zonage. Pour un primo-accédant éligible, une fraction du financement à 0 % fait mécaniquement avancer le break-even d’un à deux ans. Ajoutez l’atout fiscal permanent de la résidence principale : l’exonération totale de la plus-value à la revente (article 150 U du CGI), dont aucun investissement locatif ne bénéficie.

Reste la contrainte d’entrée : les banques exigent toujours un apport couvrant au minimum les frais, soit 10 à 20 % du prix, et le taux d’endettement plafonné à 35 % par le HCSF borne le projet. Avant de chercher un bien, vérifiez votre capacité d’emprunt avec notre simulateur de capacité d’emprunt pour cadrer une enveloppe réaliste.

Notre avis : achetez tard mais achetez bien

Après des dizaines de simulations sur les paramètres 2026, notre position est la suivante : l’achat de la résidence principale reste l’opération patrimoniale la plus puissante pour un ménage stable, grâce à l’effet de levier du crédit et à l’exonération de plus-value. Mais il ne se justifie qu’avec un horizon de 8 ans minimum et un bien que vous pourriez louer ou revendre sans difficulté.

Le pire scénario n’est pas de louer trop longtemps : c’est d’acheter un bien médiocre par peur de « jeter un loyer par les fenêtres », puis de le revendre à perte au bout de 4 ans. Un loyer n’est pas de l’argent perdu, c’est le prix de votre flexibilité. La vraie erreur consiste à payer ce prix sans investir la différence.

Questions fréquentes

Voici les réponses aux variantes de la question que les lecteurs nous posent le plus souvent.

Faut-il acheter ou louer en 2026 ?

Acheter si vous comptez rester au moins 8 à 10 ans dans le logement, avec des taux stabilisés autour de 3,5 % et des prix en légère reprise. Louer si votre horizon est inférieur à 5 ans ou si votre mobilité professionnelle est incertaine. Entre les deux, seul un calcul de patrimoine net sur votre cas tranche.

Comment calculer le break-even achat location ?

Comparez chaque année le patrimoine de l’acheteur (valeur du bien moins capital restant dû moins frais de revente) à celui du locataire (apport placé plus économies mensuelles capitalisées), avec le même apport de départ dans les deux scénarios. Le break-even est la première année où l’acheteur passe devant. Notre simulateur fait ce calcul en 3 minutes.

Combien d’années faut-il pour rentabiliser un achat immobilier ?

Entre 6 et 9 ans dans les conditions de 2026 (taux à 3,45 %, appréciation 1,5 %, placement alternatif à 4 %). Les frais d’acquisition de 7,5 % dans l’ancien expliquent ce délai. Dans le neuf, avec 2,5 % de frais, le point d’équilibre tombe souvent sous les 6 ans.

Louer et investir la différence, est-ce vraiment gagnant ?

Oui sur les horizons courts, à condition d’une discipline totale : l’écart de trésorerie (environ 430 € par mois dans notre cas à 280 000 €) doit être investi chaque mois sans exception. Dans les faits, peu de locataires tiennent cette rigueur sur 10 ans, ce qui explique que l’épargne forcée du crédit reste si efficace.

L’achat est-il toujours gagnant sur 20 ou 25 ans ?

Presque toujours. Sur 25 ans, le crédit est intégralement remboursé, l’appréciation composée a fait son œuvre et le locataire a payé un quart de siècle de loyers indexés sans contrepartie patrimoniale. Le vrai débat se situe entre 5 et 15 ans de détention, pas au-delà.

Quel apport faut-il pour acheter sa résidence principale en 2026 ?

Les banques attendent 10 à 20 % du prix, soit au minimum de quoi couvrir les frais d’acquisition. Pour un bien à 280 000 € dans l’ancien, visez 30 000 à 50 000 €. Un apport supérieur réduit la mensualité mais prive le scénario locataire de capital placé : dans la comparaison, l’apport doit rester identique des deux côtés.

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