Passoire thermique 2026 : nouveau calcul DPE et calendrier
15 juin 2026 · 8 min
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité dans le DPE est passé de 2,3 à 1,9. Environ 850 000 logements chauffés à l'électricité sortent du statut de passoire thermique sans le moindre travaux. Avant d'engager un chantier, téléchargez votre nouvelle étiquette gratuitement sur l'Observatoire DPE-Audit de l'Ademe.
Votre logement classé F ou G en 2025 n’est peut-être plus une passoire thermique aujourd’hui. L’arrêté du 13 août 2025 a abaissé le coefficient de conversion de l’électricité de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026 : environ 850 000 logements chauffés à l’électricité changent de classe sans travaux. Nous vous expliquons le nouveau calcul, le calendrier d’interdiction de location toujours en vigueur, ce que change le projet de loi Lecornu et la marche à suivre avant de payer un seul devis.
Commençons par ce qui a changé au 1er janvier, car tout le reste en découle.
Ce qui change dans le calcul du DPE au 1er janvier 2026
Le DPE ne mesure pas votre facture : il convertit votre consommation d’énergie finale en énergie primaire, via un coefficient propre à chaque énergie. Pour l’électricité, ce coefficient était fixé à 2,3 depuis 2006. Chaque kWh consommé comptait pour 2,3 kWh dans le calcul de l’étiquette.
L’arrêté du 13 août 2025, publié au Journal officiel le 26 août, abaisse ce coefficient à 1,9 pour tous les DPE et audits énergétiques édités à compter du 1er janvier 2026. L’alignement se fait sur la valeur européenne, jugée plus cohérente avec un mix électrique français décarboné à plus de 90 %. Résultat mécanique : la consommation d’énergie primaire d’un logement chauffé à l’électricité baisse d’environ 17 %, à consommation réelle identique.
Qui gagne une classe, qui ne bouge pas
Seuls les logements consommant de l’électricité profitent du nouveau calcul : radiateurs électriques, pompe à chaleur, chauffe-eau électrique, plancher chauffant. Plus la part d’électricité est élevée, plus la baisse est marquée. Selon le ministère de la Transition écologique, environ 850 000 logements sortent du statut de passoire thermique (classes F et G) sur les 4,8 millions que comptait le parc de résidences principales.
Les logements chauffés au gaz, au fioul ou au bois conservent exactement la même étiquette : leurs coefficients de conversion n’ont pas changé. Aucun logement ne voit sa classe se dégrader avec la nouvelle méthode. Le seuil spécifique aux surfaces de moins de 40 m², en vigueur depuis 2024, se cumule avec le nouveau coefficient : un studio électrique peut gagner jusqu’à deux classes.
Refaites votre DPE avant de payer des travaux : la bonne séquence
C’est le réflexe qui peut vous économiser plusieurs milliers d’euros. Beaucoup de bailleurs classés F ou G en 2025 ont signé des devis de rénovation pour échapper à l’interdiction de location. Or une partie d’entre eux n’est plus concernée par l’échéance 2028 depuis janvier.
Inutile de refaire un diagnostic : l’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe édite une attestation gratuite de nouvelle étiquette à partir du numéro à 13 chiffres figurant en haut à droite de votre DPE. Le recalcul est instantané, l’attestation est opposable et conserve la durée de validité du DPE d’origine (10 ans). Nous vous conseillons de procéder dans cet ordre :
- Téléchargez l’attestation Ademe avec votre numéro de DPE, avant tout engagement de dépense.
- Si la classe passe en E ou mieux, archivez l’attestation : elle vaut preuve pour toute mise en location ou vente.
- Si le logement reste F ou G, demandez un audit énergétique pour cibler les travaux qui font réellement franchir un seuil.
Attention : un devis signé n'attend pas l'attestation. Vérifiez votre nouvelle classe avant de vous engager auprès d'un artisan, pas après. Les travaux restent souvent pertinents pour le confort et la facture, mais l'urgence réglementaire a peut-être disparu pour vous.
Cas chiffré : le même appartement avant et après le nouveau calcul
Rien ne vaut un calcul complet pour mesurer l’effet du coefficient. Prenons un appartement de 70 m² chauffé entièrement à l’électricité, qui consomme 10 800 kWh d’énergie finale par an (chauffage, eau chaude, ventilation, éclairage).
Détail du calcul, étape par étape :
- Ancien calcul (2025) : 10 800 kWh × 2,3 = 24 840 kWh d’énergie primaire
- Rapporté à la surface : 24 840 ÷ 70 = 355 kWhEP/m²/an → classe F (seuil F : 331 à 420)
- Nouveau calcul (2026) : 10 800 kWh × 1,9 = 20 520 kWh d’énergie primaire
- Rapporté à la surface : 20 520 ÷ 70 = 293 kWhEP/m²/an → classe E (seuil E : 251 à 330)
| Paramètre | Ancien DPE (coef 2,3) | Nouveau DPE (coef 1,9) |
|---|---|---|
| Énergie primaire totale | 24 840 kWhEP/an | 20 520 kWhEP/an |
| Consommation surfacique | 355 kWhEP/m²/an | 293 kWhEP/m²/an |
| Classe DPE | F (passoire thermique) | E |
| Échéance d’interdiction | 1er janvier 2028 | 1er janvier 2034 |
| Gel des loyers | Oui | Non |
Ce bailleur gagne six ans de visibilité et sort du gel des loyers : pour un loyer de 750 € par mois, l’indexation IRL redevient possible au renouvellement, soit environ 180 € de revenus supplémentaires dès la première année à 2 % d’IRL. Surtout, les 15 000 à 25 000 € de travaux de sortie de passoire ne sont plus une dépense contrainte à horizon 2028.
Contre-exemple utile : une maison de 100 m² au fioul consommant 28 000 kWh par an reste à 280 kWhEP/m²/an avant comme après la réforme, le coefficient du fioul étant inchangé à 1. Si elle était F, elle le reste et la marche 2028 s’applique pleinement.
Le calendrier d’interdiction de location reste en vigueur
Le nouveau calcul ne modifie pas le calendrier de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 : il change seulement la classe de certains logements. Les échéances s’appliquent aux nouveaux baux, aux renouvellements et aux reconductions tacites. Un bail en cours reste valide jusqu’à son terme.
| Classe DPE | Métropole | Outre-mer (DROM) |
|---|---|---|
| G+ (> 450 kWh/m²/an en énergie finale) | 1er janvier 2023 | 1er janvier 2028 |
| G | 1er janvier 2025 | 1er janvier 2028 |
| F | 1er janvier 2028 | 1er janvier 2031 |
| E | 1er janvier 2034 | 1er janvier 2034 |
Le gel des loyers complète ce calendrier depuis le 24 août 2022 : impossible d’augmenter ou d’indexer le loyer d’un logement F ou G tant qu’il reste une passoire thermique. Plusieurs exceptions existent par ailleurs : meublés de tourisme et baux mobilité hors champ de la loi de 1989, dérogation pour les copropriétés bloquées (loi du 9 avril 2024, sur justificatifs), exemption pour coûts de rénovation disproportionnés dépassant 50 % de la valeur vénale et bâtiments protégés sur avis de l’Architecte des Bâtiments de France.
À noter que la classe issue de l’attestation Ademe fait foi : un logement passé de F à E en janvier 2026 échappe à la marche 2028 et au gel des loyers, sans formalité supplémentaire.
Réforme Lecornu : vers une relocation sous condition de travaux
Le 23 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté un projet de loi logement qui assouplirait l’interdiction. Le principe : autoriser la relocation d’un logement F ou G si le propriétaire signe un engagement contractuel de travaux, avec un délai de trois ans pour une maison individuelle et de cinq ans pour un appartement en copropriété. L’objectif affiché est de remettre 650 000 à 700 000 logements sur le marché locatif d’ici 2028.
Ce texte n’est pas voté. Il doit passer en première lecture au Parlement à l’été 2026, sans majorité garantie. Notre position est claire : ne fondez aucune décision patrimoniale sur un texte incertain. Tant qu’il n’est pas promulgué, les règles actuelles s’appliquent intégralement, gel des loyers compris. L’attestation Ademe, elle, produit ses effets dès aujourd’hui.
Ce que vous risquez en louant une passoire malgré l’interdiction
Louer un logement G depuis le 1er janvier 2025 expose le bailleur à un contentieux locatif réel. Le locataire peut saisir le juge pour exiger les travaux, obtenir une réduction de loyer proportionnée au déficit de performance et des dommages et intérêts pour les surcoûts de chauffage. Le DPE étant opposable, l’étiquette annoncée engage juridiquement le propriétaire.
Le risque patrimonial pèse tout autant : les études de marché constatent une décote de 15 à 20 % sur les passoires thermiques à la revente. Sur un appartement estimé 250 000 €, cela représente 37 500 à 50 000 € de moins qu’un bien équivalent en classe C ou D. Pour mesurer ce que votre bien pourrait générer une fois remis en conformité, notre simulateur d’estimation de loyer vous donne une fourchette de marché en quelques minutes.
Rénover quand même : les aides et le levier fiscal en 2026
Si votre logement reste F ou G après recalcul, la rénovation demeure la stratégie la plus solide pour un bien conservé sur le long terme. Elle lève le gel des loyers, sécurise les échéances 2028 et 2034 et restaure la valeur verte du bien. Pour un appartement de 60 m² classé G, comptez 15 000 à 35 000 € de travaux avant aides pour atteindre la classe C ou D.
Plusieurs dispositifs réduisent fortement le reste à charge. Pour estimer votre subvention MaPrimeRénov’, dont le bonus sortie de passoire, utilisez le simulateur MaPrimeRénov’ avant de monter votre dossier. L’éco-PTZ finance jusqu’à 50 000 € sans intérêts sur 20 ans, les CEE et la TVA à 5,5 % complètent le plan de financement. Côté fiscalité, les travaux déductibles peuvent créer un déficit foncier imputable sur le revenu global : chiffrez votre économie d’impôt avec le simulateur de déficit foncier, le plafond d’imputation étant doublé à 21 400 € pour les travaux de sortie de passoire.
Conseil pratique : faites établir l'audit énergétique avant de choisir les travaux. Un mono-geste (fenêtres seules par exemple) fait rarement franchir un seuil de classe, alors qu'un bouquet isolation + chauffage déclenche le bonus sortie de passoire et maximise les aides.
FAQ : vos questions sur la passoire thermique en 2026
Quels logements sont interdits à la location en 2026 ?
Les logements classés G (et G+ depuis 2023) ne peuvent plus faire l’objet d’un nouveau bail, d’un renouvellement ni d’une reconduction tacite en métropole depuis le 1er janvier 2025. Les F restent louables jusqu’au 1er janvier 2028, avec loyer gelé. En outre-mer, les G ne seront interdits qu’au 1er janvier 2028.
Comment fonctionne le nouveau calcul du DPE pour l’électricité ?
Le coefficient de conversion de l’énergie finale en énergie primaire passe de 2,3 à 1,9 pour l’électricité depuis le 1er janvier 2026 (arrêté du 13 août 2025). La consommation d’énergie primaire d’un logement électrique baisse d’environ 17 %, ce qui peut suffire à gagner une classe près d’un seuil.
Faut-il refaire un DPE pour bénéficier du nouveau coefficient ?
Non. L’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe délivre gratuitement une attestation de nouvelle étiquette à partir du numéro ADEME de votre diagnostic. Elle est opposable, utilisable pour louer ou vendre et conserve la validité de 10 ans du DPE d’origine. Les DPE édités depuis le 1er janvier 2026 intègrent automatiquement le coefficient 1,9.
Mon logement au gaz peut-il sortir du statut de passoire avec la réforme ?
Non. Seul le coefficient de l’électricité a été modifié. Un logement chauffé au gaz, au fioul ou au bois conserve la même classe qu’en 2025. Pour lui, seuls des travaux de rénovation énergétique permettent de quitter les classes F ou G.
La réforme Lecornu autorise-t-elle déjà la relocation des passoires ?
Non. Le projet de loi présenté le 23 avril 2026 propose de relouer un F ou un G contre un engagement de travaux sur trois à cinq ans, mais il n’est pas adopté. Jusqu’au vote parlementaire prévu à l’été 2026, l’interdiction et le gel des loyers s’appliquent sans changement.
Quel est le calendrier complet de la passoire thermique ?
G+ interdits depuis 2023, G depuis le 1er janvier 2025, F au 1er janvier 2028 et E au 1er janvier 2034 en métropole. Outre-mer : G en 2028, F en 2031, E en 2034. Le gel des loyers F et G s’applique depuis août 2022.
Pour aller plus loin
👉 Estimer la classe énergétique de votre logement avec le simulateur DPE